I Testi originali delle canzoni
di Georges Brassens
Tradotte da Fabrizio De Andrè

 

Mourir pour des idées
Le gorille
La marche nuptiale
Le Père Noêl et la petite fille
Dans l'eau de la claire fontaine
L'assassinat
Les passantes

 

MOURIR POUR DES IDÉES (Morire per delle idee)

Mourir pour des idées, l'idée est excellente
Moi j'ai failli mourir de ne l'avoir pas eu
Car tous ceux qui l'avaient, multitude accablante,
En hurlant à la mort me sont tombés dessus
Ils ont su me convaincre et ma muse insolente,
Abjurant ses erreurs, se rallie à leur foi
Avec un soupçon de réserve toutefois :
Mourrons pour des idées d'accord, mais de mort lente,
D'accord, mais de mort lente

Jugeant qu'il n'y a pas péril en la demeure,
Allons vers l'autre monde en flânant en chemin
Car, à forcer l'allure, il arrive qu'on meure
Pour des idées n'ayant plus cours le lendemain
Or, s'il est une chose amère, désolante,
En rendant l'âme à Dieu c'est bien de constater
Qu'on a fait fausse rout', qu'on s'est trompé d'idée,
Mourrons pour des idées d'accord, mais de mort lente,
D'accord, mais de mort lente

Les Saint Jean bouche d'or qui prêchent le martyre,
Le plus souvent, d'ailleurs, s'attardent ici-bas
Mourir pour des idées, c'est le cas de le dire,
C'est leur raison de vivre, ils ne s'en privent pas
Dans presque tous les camps on en voit qui supplantent
Bientôt Mathusalem dans la longévité
J'en conclus qu'ils doivent se dire, en aparté :
"Mourrons pour des idées d'accord, mais de mort lente,
D'accord, mais de mort lente"

Des idées réclamant le fameux sacrifice,
Les sectes de tout poil en offrent des séquelles,
Et la question se pose aux victimes novices :
Mourir pour des idées, c'est bien beau mais lesquelles
Et comme toutes sont entre elles ressemblantes,
Quand il les voit venir, avec leur gros drapeau,
Le sage, en hésitant, tourne autour du tombeau
Mourrons pour des idées d'accord, mais de mort lente,
D'accord, mais de mort lente

Encore s'il suffisait de quelques hécatombes
Pour qu'enfin tout changeât, qu'enfin tout s'arrangeât
Depuis tant de "grands soirs" que tant de têtes tombent,
Au paradis sur terre on y serait déjà
Mais l'âge d'or sans cesse est remis aux calendes,
Les dieux ont toujours soif, n'en ont jamais assez,
Et c'est la mort, la mort toujours recommencée.
Mourrons pour des idées d'accord, mais de mort lente,
D'accord, mais de mort lente

O vous, les boutefeux, ô vous les bons apôtres,
Mourez donc les premiers, nous vous cédons le pas
Mais de grâce, morbleu ! laissez vivre les autres !
La vie est à peu près leur seul luxe ici bas
Car, enfin, la Camarde est assez vigilante,
Elle n'a pas besoin qu'on lui tienne la faux
Plus de danse macabre autour des échafauds !
Mourrons pour des idées d'accord, mais de mort lente
Mourrons pour des idées d'accord, mais de mort lente,
D'accord, mais de mort lente

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DANS L'EAU DE LA CLAIRE FONTAINE (Nell'acqua della chiara fontana)

Dans l'eau de la claire fontaine elle se baignait toute nue
Une saute de vent soudaine jeta ses habits dans les nues
En détresse, elle me fit signe pour la vêtir, d'aller chercher
Des morceaux de feuilles de vigne, fleurs de lys ou fleurs d'oranger

Avec des pétales de roses, un bout de corsage lui fis
Mais la belle n’était pas bien grosse, une seule rose a suffi
Avec le pampre de la vigne un bout de cotillon lui fis
Mais la belle était si petite qu’une seule feuille a suffi

Elle me tendit ses bras, ses lèvres comme pour me remercier
Je les pris avec tant de fièvre qu'elle fut toute déshabillée
Le jeu dut plaire à l'ingénue car, à la fontaine souvent
Elle s'alla baigner toute nue en priant Dieu qu'il fit du vent
Qu'il fit du vent...

LE GORILLE (il gorilla)

C'est à travers de larges grilles,
Que les femelles du canton,
Contemplaient un puissant gorille,
Sans souci du qu'en-dira-t-on;
Avec impudeur, ces commères
Lorgnaient même un endroit précis
Que, rigoureusement ma mère
M'a défendu d'nommer ici...
Gare au gorille !...

Tout à coup, la prise bien close,
Où vivait le bel animal,
S'ouvre on n'sait pourquoi (je suppose
Qu'on avait du la fermer mal);
Le singe, en sortant de sa cage
Dit "c'est aujourd'hui que j'le perds !"
Il parlait de son pucelage,
Vous avez deviné, j'espère !
Gare au gorille !...

L'patron de la ménagerie
Criait, éperdu : "Nom de nom !
C'est assomant car le gorille
N'a jamais connu de guenon !"
Dès que la féminine engeance
Sut que le singe était puceau,
Au lieu de profiter de la chance
Elle fit feu des deux fuseaux !
Gare au gorille !...

Celles là même qui, naguère,
Le couvaient d'un oeil décidé,
Fuirent, prouvant qu'ell's n'avaient guère
De la suite dans les idées;
D'autant plus vaine était leur crainte,
Que le gorille est un luron
Supérieur à l'homme dans l'étreinte,
Bien des femmes vous le diront !
Gare au gorille !...

Tout le monde se précipite
Hors d'atteinte du singe en rut,
Sauf une vielle décrépite
Et un jeune juge en bois brut;
Voyant que toutes se dérobent,
Le quadrumane accéléra
Son dandinement vers les robes
De la vielle et du magistrat !
Gare au gorille !...

"Bah ! soupirait la centaire,
Qu'on puisse encore me désirer,
Ce serait extraordinaire,
Et, pour tout dire, inespéré !"
Le juge pensait, impassible,
"Qu'on me prenne pour une guenon,
C'est complètement impossible..."
La suite lui prouva que non !
Gare au gorille !...

Supposez que l'un de vous puisse être,
Comme le singe, obligé de
Violer un juge ou une ancètre,
Lequel choisirait-il des deux ?
Qu'une alternative pareille,
Un de ces quatres jours, m'échoie,
C'est, j'en suis convaicu, la vielle
Qui sera l'objet de mon choix !
Gare au gorille !...

Mais, par malheur, si le gorille
Aux jeux de l'amour vaut son prix,
On sait qu'en revanche il ne brille
Ni par le goût, ni par l'esprit.
Lors, au lieu d'opter pour la vielle,
Comme aurait fait n'importe qui,
Il saisit le juge à l'oreille
Et l'entraîna dans un maquis !
Gare au gorille !...

La suite serait délectable,
Malheureusement, je ne peux
Pas la dire, et c'est regrettable,
Ca nous aurait fait rire un peu;
Car le juge, au moment suprême,
Criait : "Maman !", pleurait beaucoup,
Comme l'homme auquel, le jour même,
Il avait fait trancher le cou.
Gare au gorille !...

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LA MARCHE NUPTIALE

Mariage d'amour, mariage d'argent,
J'ai vu se marier toutes sortes de gens :
Des gens de basse source et des grands de la terre,
Des prétendus coiffeurs, des soi-disant notaires...

Quand même je vivrai jusqu'à la fin des temps,
Je garderais toujours le souvenir content
Du jour de pauvre noce où mon père et ma mère
S'allèrent épouser devant Monsieur le Maire.

C'est dans un char à boeufs, s'il faut parler bien franc,
Tiré par les amis, poussé par les parents,
Que les vieux amoureux firent leurs épousailles
Après long temps d'amour, long temps de fiançailles.

Cortège nuptial hors de l'ordre courant,
La foule nous couvait d'un oeil protubérant :
Nous étions contemplés par le monde futile
Qui n'avait jamais vu de noces de ce style.

Voici le vent qui souffle emportant, crève-coeur !
Le chapeau de mon père et les enfants de choeur...
Voilà la plui' qui tombe en pesant bien ses gouttes,
Comme pour empêcher la noc', coûte que coûte.

Je n'oublierai jamais la mariée en pleurs
Berçant comme un' poupé' son gros bouquet de fleurs...
Moi, pour la consoler, moi, de toute ma morgue,
Sur mon harmonica jouant les grandes orgues.

Tous les garçons d'honneur, montrant le poing aux nues,
Criaient : "Par Jupiter, la noce continue !"
Par les homm's décrié', par les dieux contrariés,
La noce continue et Viv' la mariée !

LE PÈRE NOËL ET LA PETITE FILLE (Leggenda di Natale)

Avec sa hotte sur le dos
Il s'en venait d'Eldorado
Il avait une barbe blanche
Il s'appelait papa gâteau
Il a mis du pain sur ta planche
Il a mis les mains sur tes hanches

Il t'a promené dans un landau
En route pour la vie d'chateau
La belle vie dorée sur tranche
Il te l'offrit sur un plateau
Il a mis du grain dans ta grange
Il a mis les mains sur tes hanches

Toi qui n'avait rien sur le dos
Il t'a couverte de manteaux
Il t'a vêtue comme un dimanche
Tu n'auras pas froid de sitôt
Il a mis l'hermine à ta manche
Il a mis les mains sur tes hanches

Tous les camés tous les émaux
Il les fit pendre à tes rameaux
Il fît couler en avalanche
Perles et rubis dans tes sabots
Il a mis de l'or à ta branche
Il a mis les mains sur tes hanches

Tire la belle, tire le rideau
Sur tes misères de tantôt
Et qu'au dehors il pleuve il vente
Le mauvais temps n'est plus ton lot
Le joli temps des coudées franches
On a mis les mains sur tes hanches.

 

 
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L'ASSASSINAT (Delitto di paese)

C'est pas seulement à Paris
Que le crime fleurit,
Nous, au village, aussi, l'on a
De beaux assassinats.

Il avait la tête chenu'
Et le coeur ingénu,
Il eut un retour de printemps
Pour une de vingt ans.

Mais la chair fraîch', la tendre chair,
Mon vieux, ça coûte cher.
Au bout de cinq à six baisers,
Son or fut épuisé.

Quand sa menotte elle a tendu',
Triste, il a répondu
Qu'il était pauvre comme Job.
Elle a remis sa rob'.

Elle alla quérir son coquin
Qui'avait l'appât du gain.
Sont revenus chez le grigou
Faire un bien mauvais coup.

Et pendant qu'il le lui tenait,
Elle l'assassinait.
On dit que, quand il expira,
La langue ell' lui montra.

Mirent tout sens dessus dessous,
Trouvèrent pas un sou,
Mais des lettres de créanciers,
Mais des saisi's d'huissiers.

Alors, prise d'un vrai remords,
Elle eut chagrin du mort
Et, sur lui, tombant à genoux,
Ell' dit : "Pardonne-nous! "

Quand les gendarm's sont arrivés,
En pleurs ils l'ont trouvé'.
C'est une larme au fond des yeux
Qui lui valut les cieux.

Et, le matin qu'on la pendit,
Ell' fut en paradis.
Certains dévots depuis ce temps
Sont un peu mécontents.

C'est pas seulement à Paris
Que le crime fleurit,
Nous, au village, aussi, l'on a
De beaux assassinats.

LES PASSANTES (Le passanti)
(Antoine Pol)

Je veux dédier ce poème
A toutes les femmes qu'on aime
Pendant quelques instants secrets
A celles qu'on connaît à peine
Qu'un destin différent entraîne
Et qu'on ne retrouve jamais

A celle qu'on voit apparaître
Une seconde à sa fenêtre
Et qui preste, s'évanouit
Mais dont la svelte silhouette
Est si fragile et fluette
Qu'on en demeure épanoui

A la compagne de voyage
Dont les yeux, charmant paysage
Font paraître court le chemin
Qu'on est seul peut être à comprendre
Mais qu'on laisse pourtant descendre
Sans avoir effleuré la main

A celles qui sont déjà prises
Et qui vivant des heures grises
Près d'un être trop différent
Vous ont, inutile folie
Laissé voir la mélancolie
D'un avenir désespérant

A la fine et frêle valseuse
Qui vous sembla triste et nerveuse
Par une nuit de carnaval
Qui vous est restée inconnue
Et qui n'est jamais revenue
Tournoyer dans un autre bal

Chères images aperçues
Espérances d'un jour déçues
Vous serez dans l'oubli demain
Pour peu que le bonheur survienne
Il est rare qu'on se souvienne
Des épisodes du chemin

Mais si l'on a manqué sa vie
On songe avec un peu d'envie
A tous ces bonheurs entrevus
Aux baisers qu'on osa pas prendre
Aux coeurs qui doivent vous attendre
Aux yeux qu'on a jamais revus

Alors, aux soirs de lassitude
Tout en peuplant sa solitude
Des fantômes du souvenir
On pleure les lèvres absentes
De toutes ces belles passantes
Que l'on a pas su retenir

 

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